Sans fond de jeu, sans ligne directrice, sans talent et sans ambition, l'équipe de France de football a quitté piteusement la Coupe du monde 2010, à l'issue d'un premier tour où elle a subi deux défaites pour un match nul en trois rencontres.
Pour son dernier match à la tête des Bleus face à l'Afrique du Sud mardi à Bloemfontein, Raymond Domenech n'a pu empêcher la répétition de l'humiliation de l'Euro 2008, où ses joueurs avaient déjà été éliminés au premier tour. Les Bafana Bafana, 83e nation du monde, l'ont emporté 2-1 logiquement.
Le chantier de la reconstruction s'annonce immense pour Laurent Blanc, le "président" des champions du monde 1998, qui devrait hériter de la fonction, avec comme legs un champ de ruines. Il va devoir reconstituer un groupe, à la manière de celui qu'avait bâti Aimé Jacquet, et dont Domenech avait largement profité pour atteindre la finale de la Coupe du monde 2006. Avant de plonger dans le néant.
Après l'exclusion de Nicolas Anelka pour propos déplacés envers le sélectionneur, après la grève de l'entraînement des Bleus mutinés dimanche, après la démission de Jean-Louis Valentin le directeur délégué de l'équipe de France, les joueurs n'avaient plus que leur orgueil pour tenter de corriger les Sud-africains et espérer se qualifier pour les huitièmes de finale.
Dans la lignée du nul 0-0 concédé à l'Uruguay et la défaite 2-0 subie face au Mexique, ils n'ont pu surmonter leur mal-être, puisque ce sont deux de leurs meilleurs éléments qui ont péché face aux Bafana Bafana: Hugo Lloris, leur excellent gardien, est passé à travers sur l'ouverture du score sur un corner des Sud-africains (22e), alors que Yoann Gourcuff, leur seul véritable créateur, a été expulsé pour un coup de coude au visage d'un adversaire (26e).
Le vaudeville a donc pris fin mardi, lors d'une rencontre marquée par la 123e et sans doute dernière sélection de Thierry Henry, seul rescapé des champions du monde 1998, entré pour la première fois en jeu lors d'un match où Florent Malouda a marqué pour devenir le seul buteur français sur le sol sud-africain. La France termine dernière du groupe A derrière l'Uruguay, le Mexique et l'Afrique du Sud. Les Bafana Bafana ont sauvé l'honneur même s'ils sont devenus la première nation organisatrice éliminée au premier tour.
"C'est un état d'âme, je suis triste", a déclaré Raymond Domenech sur TF1 à la sortie du terrain. "Ce groupe a un vrai potentiel, il y a des joueurs qui ont envie de faire quelque chose. Il y a une suite, l'équipe de France ne meurt jamais. Bonne chance à mon successeur".
Un audit de la Fédération française de football, demandé par Roselyne Bachelot la ministre de la Santé et des Sports, devait avoir lieu prochainement, ses dirigeants étant dans le collimateur pour avoir prolongé Domenech après le premier naufrage en Suisse il y a deux ans.
Le président Jean-Pierre Escalettes, principal visé, a rejeté mardi toute idée de démission et indiqué que le conseil fédéral étudiera à froid la situation début juillet. "Le football français a fait honte à son pays", a déclaré Escalettes. "J'ai pensé aux supporters qui ne se sont pas reconnus dans la mascarade qui m'a fait plus mal que les résultats sportifs, toujours aléatoires. Il va falloir faire un bilan sans complaisance concernant les causes ayant conduit à ce fiasco".
Pour lui, "un bilan ne sert à rien s'il n'y a pas reconstruction. Elle se fera autour de Laurent Blanc, il aura du pain sur la planche. Il n'est pas dans ma nature d'abandonner un navire en perdition, je veux le remettre à flot avec Laurent qui est mon choix. Je vais lui mettre le pied à l'étrier et ensuite nous verrons...". Le patron de la FFF n'a pas voulu citer les responsabilités, même si le sélectionneur fait figure de principal coupable.
Après le fiasco de l'Euro 2008 ponctué par la demande en mariage de sa compagne Estelle Denis, Domenech avait minoré le naufrage sportif en expliquant qu'il n'était pas venu pour gagner cette compétition en Suisse et en Autriche, mais pour lancer les jeunes, la nouvelle génération, afin de l'aguerrir pour le Mondial 2010. Pourtant, ni Hatem Ben Arfa, ni Samir Nasri, ni Karim Benzema n'ont été convoqués pour l'Afrique du Sud.
"Les critères invisibles" invoqués pour justifier ces non-sélections laissent entendre que le comportement des joueurs, jugés individualistes, a primé sur leur niveau réel. Domenech n'a pourtant rien fait pour les mettre dans le droit chemin, comme on pouvait l'attendre d'un éducateur. En Suisse, les suiveurs des Bleus se souviennent que durant les balades en forêt organisées pour resserrer les liens du groupe, il laissait ses joueurs se promener écouteurs MP3 vissés sur les oreilles, comme coupés du monde.
En lisant dimanche à Knysna le communiqué des joueurs expliquant leur grève de l'entraînement, Raymond Domenech s'est une nouvelle fois laissé dominer par sa troupe.
En 2006 déjà, alors qu'il avait décrété le huis clos dans la résidence du Schlosshotel Munchhausen, ses joueurs l'avait ignoré en allant fêter seuls la qualification obtenue face au Togo, autour d'un barbecue au restaurant "Landluft", situé à quelques kilomètres de là.
En six ans de règne, Domenech peut revendiquer la finale du Mondial 2006 à Berlin où les Bleus avaient été battus par l'Italie aux coups de pied au but. Mais il avait dû rappeler in extremis Zinédine Zidane et consorts, les hommes de base d'Aimé Jacquet. Ensuite, après la retraite définitive de ces "cadors", il n'a jamais su former un groupe conquérant. Ses joueurs n'ont gagné aucun match, ni au premier tour de l'Euro 2008 ni à ce Mondial 2010. AP
